DESDÉMONA.—Qui, lui? Je crois que le soleil sous lequel il est né a purgé son sang de toutes ces humeurs.
ÉMILIA.—Regardez, le voilà qui vient.
DESDÉMONA.—Je ne le quitte plus qu'il n'ait rappelé Cassio. (Entre Othello.) Eh bien! seigneur, comment allez-vous?
OTHELLO.—Bien, ma bonne dame. (A part.) Oh! qu'il est difficile de dissimuler!—Comment vous portez-vous, Desdémona?
DESDÉMONA.—Bien, mon bon seigneur.
OTHELLO—Donnez-moi votre main. Cette main est moite, madame.
DESDÉMONA.—Elle n'a encore éprouvé ni les atteintes de l'âge, ni celles du chagrin.
OTHELLO.—Ceci dénote une grande fécondité et un coeur facile.—Chaude, chaude et moite!—Cette main dit qu'il vous faut de la retraite, moins de liberté, des jeûnes, des prières, des mortifications, de pieux exercices; car il y a ici un jeune et ardent démon, qui souvent se révolte: voilà une bonne main, une main bien franche!
DESDÉMONA.—Oh! vous pouvez bien le dire avec vérité, car ce fut cette main qui donna mon coeur.
OTHELLO.—Une main libérale! Jadis le coeur donnait la main; maintenant, dans notre blason moderne, c'est la main qu'on donne et non plus le coeur.