CASSIO.—C'est lui-même.

DESDÉMONA.—Courons au-devant de lui; allons le recevoir.

CASSIO.—Regardez, le voici qui s'avance.

(Entre Othello avec sa suite.)

OTHELLO.—O ma belle guerrière!

DESDÉMONA.—Mon cher Othello!

OTHELLO.—Je suis aussi surpris que charmé de vous trouver ici arrivée avant moi! O joie de mon âme! Si chaque tempête doit être suivie de pareils calmes, que les vents se déchaînent jusqu'à réveiller la mort; que la barque labourant les mers s'élève sur des montagnes de vagues aussi hautes que l'Olympe, et redescende ensuite aussi bas que l'enfer! Ah! c'est maintenant qu'il faudrait mourir pour comble de bonheur; car mon âme est pleine d'une joie si parfaite qu'aucun ravissement semblable ne pourra m'être accordé dans le cours inconnu de ma destinée.

DESDÉMONA.—Que le ciel ne le permette pas! mais plutôt puissent notre amour et nos joies aller toujours croissant avec le nombre de nos jours!

OTHELLO.—Exaucez son voeu, puissances célestes! Je ne saurais assez parler de mon bonheur: il m'étouffe. C'est trop de joie! Ah! que ce baiser, et cet autre encore... (Il l'embrasse) soient toute la dispute que jamais nos coeurs élèvent entre nous!

JAGO, à part.—Oh! vous voilà à l'unisson: mais sur mon honneur je relâcherai les cordes qui font cette musique.