STEPHANO.—Que chacun s'évertue pour le bien de tous les autres, et que personne ne s'inquiète de soi, car tout n'est que hasard dans la vie.—Corraggio! monstre fier-à-bras, corraggio!
TRINCULO, à la vue du roi.—Si ces deux espions que je porte en tête ne me trompent pas, voilà une bienheureuse apparition!
CALIBAN.—O Sétébos, que voilà des esprits de bonne mine! que mon maître est beau! j'ai bien peur qu'il ne me châtie.
SÉBASTIEN.—Ah! ah! qu'est-ce que c'est que ces animaux-là, seigneur Antonio? les aurait-on pour de l'argent!
ANTONIO.—Probablement: l'un d'eux est un vrai poisson, et sans doute à vendre.
PROSPERO.—Seigneurs, considérez seulement ce que vous indique l'aspect de ces hommes, et décidez s'ils sont honnêtes gens. Cet esclave difforme eut pour mère une sorcière, et si puissante24 qu'elle pouvait tenir tête à la lune, enfler ou abaisser les marées, et agir en son nom sans son aveu. Tous les trois m'ont volé: ce demi-démon, car c'est un démon bâtard, avait fait avec les deux autres le complot de m'ôter la vie. Des trois en voilà deux que vous devez connaître et réclamer. Quant à ce fruit des ténèbres, je déclare qu'il m'appartient.
Note 24:
One so strong. Dans toutes les anciennes accusations de sorcellerie en Angleterre, on trouve constamment l'épithète de strong (forte, puissante), associée au mot witch (sorcière), comme une qualification spéciale et augmentative. Les tribunaux furent obligés de décider, contre l'opinion populaire, que le mot strong n'ajoutait rien à l'accusation, et ne pouvait être un motif de poursuivre.
CALIBAN.—Je serai pincé à mort.
ALONZO.—N'est-ce pas là Stephano, mon ivrogne de sommelier?
SÉBASTIEN.—Il est encore ivre. Où a-t-il eu du vin?