—Où demeures-tu? me demanda Suzanne.
—À Beaumont.
—Qu'est-ce que c'est que ça, Beaumont? C'est un trou?
—Et toi, où demeures-tu?
—À Vaucottes: c'est un château à grand'maman, tout près de Chantepie, la maison de madame Leduc; mais du temps de papa, nous demeurions à Paris, et puis à Biarritz, à Cannes. Tu ne connais pas ces endroits-là, toi… Mais tu sais, si papa avait vécu, nous serions depuis longtemps sur la paille, parce que c'était un panier percé… Toi, c'est ta maman que tu as perdue: est-ce que tu penses encore à elle?
Une petite bonne vint prendre Suzanne. On monta s'habiller pour le dîner. Dans l'escalier, madame Leduc confiait à grand'mère:
—J'arrive ainsi, les trois quarts du temps, le samedi, comme par hasard. Cela me permet de veiller à ce que l'on conduise notre cher vieillard à la messe du dimanche. Croiriez-vous que, si je ne m'en étais mêlée, Casimir—tout aussi bien que cette Bringuet, du reste—le laissait descendre à la tombe sans le réconcilier avec l'Église!
—Hélas! dit grand'mère, je crois que le bonhomme n'a jamais eu beaucoup de religion.
—Mais, à ce compte-là, ma chère, tous ces messieurs mourraient comme des chiens. Dieu merci! notre zèle n'est pas toujours sans récompense, vous en serez témoin: le bon oncle nous édifiera par sa piété.
—Tant mieux!