Et, se tournant aussitôt vers moi, elle me tendit la main:
—Est-ce que tu veux être mon petit mari?
Je sentis que je devenais rouge et prenais mon air niais. Nous étions tous au salon avant que j'eusse répondu un mot.
Cette fois, on avait mis l'oncle Goislard debout. Mademoiselle
Bringuet le soutenait par un bras, grand-père Fantin par l'autre.
Madame Leduc lui offrait son front qu'il baisait, tout en souriant à
la mère de la petite fille, une jeune femme que je trouvai très jolie.
Tout le monde parlait en même temps:
—Madame Letermillé, une bonne amie à nous… À quelle heure avez-vous quitté Chantepie?—Une poussière aveuglante…—Sept quarts d'heure de voiture, vous pensez!—Mon Dieu, que voilà une fillette qui a l'air raisonnable!…—Aussi nous ne nous ferons pas prier pour rester quelques jours…—Elle a nom Suzanne.—Hélas! la santé de Félicie…—Ah! M. Philibert nous a bien manqué!—Voyons ce charmant petit garçon…
Le charmant petit garçon n'en menait pas large. Suzanne le poursuivait derrière les dossiers des chaises, et, plus vive et plus adroite, se trouvait tout à coup en face de lui pour lui souffler dans le nez:
—Tu ne veux pas être mon petit mari? Dis pourquoi? dis pourquoi?
Je restais stupide. Une idée lui vint:
—Que tu es drôle! dit-elle. Mais ça n'a aucune importance! J'en ai un dans toutes les maisons où je vais. À quoi jouons-nous?
La maman m'embrassa. Elle sentait très bon. Quand elle ne regardait pas Philibert, il suivait des yeux son cou découvert, sa gorge forte et les coussins si bien bombés de ses hanches, comme s'il eût craint d'en perdre.