Au bout du jardin, était un belvédère composé d'une terrasse établie sur quatre piliers de bois. Au-dessous, on s'abritait du soleil; en haut, on avait l'agrément de la vue. D'un côté, on contemplait le château, et, au-dessus des grosses tours à toits pointus, sur une petite colline boisée, les ruines sombres et jolies, toutes velues de lierre noir, d'un château plus ancien. De l'autre côté, on eût distingué la Loire, sans la levée construite contre les inondations; on se contentait de voir passer le chemin de fer et de plonger à même dans le jardin de M. Futaine.

—Le jardin de M. Futaine,—me dit Philibert,—a été tracé pour former le prolongement exact de celui où nous sommes. C'est que M. Futaine n'attend que la mort de l'oncle Goislard pour abattre le mur de séparation. En effet, l'oncle a vendu par avance maison et jardin. Mais, comme il s'est réservé le droit d'en user jusqu'à son dernier jour, il aime à venir ici faire la nique à son successeur. L'autre soir, on l'a grimpé jusque-là, et il a hélé de loin M. Futaine: «Et vos arbres, comment vont-ils?—Ils vont bien.—Moi aussi.»

Nous étions sur le belvédère, dans l'espoir de voir passer le train de
Nantes, lorsque Cadoudal nous appela, et nous aperçûmes mademoiselle
Bringuet qui nous adressait de grands signaux.

—Madame Leduc est arrivée, me dit Philibert; dépêchons-nous.

Nous descendîmes quatre à quatre. Au bas des marches, il me dit:

—Je ne suis pas trop malpropre, au moins?

Je battis le dos de son veston.

La voiture de madame Leduc était dans la cour, et le cocher, en chapeau haut de forme, commençait à dégarnir le cheval. J'eus une surprise à trouver une petite fille, à peu près de mon âge, qui courait de toutes ses forces après un chat. Elle s'arrêta net pour venir à Philibert, et lui sauta au cou comme une vieille connaissance, en me jetant une oeillade de côté. Philibert, la bouche encore enfouie dans ses cheveux, lui demandait:

—Et ta maman?

—Maman? dit la petite, ah! elle avait joliment peur que vous ne soyez parti!