Il ne pleura pas trop en se sentant hisser sur la voiture, et il fit bonne contenance, derrière le cocher raide et toujours digne, toujours muet.
Il faisait doux. Dans l'allée du Bignaou, il remarqua un pommier naïf qui, trompé par les derniers jours de soleil, arborait en plein automne des fleurs blanches sur un de ses rameaux. Oh! le bon pommier qui jadis lui avait donné tant de pommes! des pommes mûres à la Saint-Jean, de ces pommes qui ont une si pénétrante odeur de jeunesse!
Yan aurait voulu s'arrêter, cueillir ces fleurs éphémères de l'ingénu pommier.
Mais il n'osa pas, à cause du cocher raide.
Et puis, il sentait que ce serait très ridicule.
Les chevaux, grisés d'avoine, l'emportèrent rapidement par les routes argileuses. Lui pensait aux bœufs qui le véhiculaient jadis par ces mêmes routes si connues.
Il en trouva des bœufs attelés à des chars verts. Ils marchaient indolemment, avec l'allure sage de bonnes bêtes, qui ont l'air de muser le long des haies. Il vit des métayers à lui, avec lesquels il aimait parler autrefois... parler de récoltes, de fumiers, des banalités courantes de la vie agricole, et aussi parler de choses un peu grasses, en riant à son aise, en lâchant à pleines lèvres les expressions pittoresques et crues qui avaient été toute la gaieté de sa vie.
Mais cela était défendu à Monsieur Jean.
D'ailleurs, la voiture allait si vite que ses yeux désorientés n'avaient pas toujours le temps de s'y reconnaître.
En quelques minutes, il fut au bourg.