Dormit-il cette nuit-là? Peut-être. Mais ce fut un sommeil étrange, comme la répétition générale du lourd sommeil final. Et quand il se leva, il regarda le soleil avec des yeux vides, comme si son âme était déjà partie.
Dans la maison, on oyait des mots de tristesse prononcés tout bas:
—Le radicalisme monte!
—Au second tour, Darrigand l'emportera!
—Parbleu!
Il y avait eu ballottage, paraît-il. Et le candidat radical arrivait en tête. La cuisinière du Bignaou bougonnait, convaincue qu'après un tel échec, M. Brion n'apprécierait aucun de ses plats. Et Emile s'éplorait:
—Pauvre France!
Mais ces futilités touchaient peu le vieux Yan.
Il ordonna d'apprêter les champignons. Il se fit raser. Il passa des habits de cérémonie. Et il manifesta le désir de se confesser au curé de Salignacq.
Il ne demanda pas la permission de se rendre à l'église sur le grand char vert qui l'y avait porté tant de fois! Non! Ces bonnes joies, il le savait, ne lui étaient plus permises.