— Je dois vous dire, pour vous éviter les désillusions, que Josette est paresseuse comme une chenille. Aussi, elle a dû faire des études détestables et je m’imagine qu’elle est fort ignorante. Mais, à mon gré, c’est un très petit malheur. Les femmes ne savent jamais rien de ce que les professeurs se sont évertués à faire entrer dans leurs cervelles de jeunes filles. Josette s’instruira en entendant causer, et chez moi, sur ce point, elle est très gâtée. Je ne suis pas pour tenir les jeunes filles en chartre privée… Loin de là ! Et je leur permets tout à fait d’ouvrir les oreilles quand on parle devant elles. Je vous dis tout cela, mademoiselle, pour que vous sachiez tout de suite à qui vous avez affaire…
— Je vous remercie, madame, de votre confiance, fit Ghislaine, sans sourire cette fois.
Inconsciemment, son jugement se faisait sévère pour l’aïeule frivole, avivant l’intérêt que les paroles de Mme Dupuis-Béhenne lui avaient inspiré pour Josette de Moraines ; et son regard chercha la photographie de la fillette en costume de gitane. Mme de Maulde s’en aperçut.
— Vous regardez le portrait de Josette fait au dernier carnaval ? Comme vous le voyez, la nature n’a pas été généreuse pour elle et ne lui a guère donné de beauté, aux yeux près. C’est un de mes gros regrets à son égard quoique je veuille encore espérer dans l’œuvre du temps. Il opère de telles métamorphoses ! Enfin, nous verrons bien !… En attendant, mademoiselle, voulez-vous accepter de vous charger d’elle, mais là, complètement ? Je suis persuadée que je puis avoir avec vous pleine sécurité. D’ailleurs, le père de Josette vous a choisie. Donc, je n’ai aucune responsabilité. Vous êtes, dit-on, très instruite. Rien qu’à vous voir, je suis certaine que vous êtes absolument de notre monde… Et même, je m’en souviens maintenant, mon gendre m’a dit que, si une similitude de nom ne le trompait pas, vous aviez quelque lointaine attache avec sa famille…
— Très lointaine, en effet, madame, tellement même, qu’étant donnée ma situation nouvelle, mieux vaut n’en pas parler.
Il y avait tant de dignité fière, mais aussi d’amertume, dans l’accent de Ghislaine que Mme de Maulde en fut saisie, si légère était-elle. Un peu embarrassée, elle dit en hâte :
— Mademoiselle, ce sera tout à fait comme vous voudrez. J’espère que vous ne vous déplairez pas dans ma maison, que vous nous resterez et qu’ainsi je serai enfin délivrée de l’insipide recherche des institutrices de Josette. Les questions… d’intérêt seront réglées comme vous le désirerez. Vous savez les conditions qui sont offertes ?…
Mme de Maulde s’arrêta au moment de les articuler. Cette institutrice-là ressemblait tellement peu à l’humble foule de ses sœurs qu’il était un peu embarrassant de lui parler d’appointements. Et elle fut charmée d’entendre Ghislaine, dont le visage pâle s’était rosé, répondre vivement :
— Je connais, en effet, les conditions, madame.
— Et elles vous conviennent ?