— Oui, madame.
Mme de Maulde eut un petit soupir de satisfaction.
— Ah ! mademoiselle, quelle joie vous me causez ! Enfin, je vais retrouver ma liberté d’esprit et j’en ai besoin, car je fais représenter chez moi, dans trois semaines, une revue inédite qui m’occupe extrêmement. Ah ! mais j’oubliais de vous présenter votre élève. Il est utile que vous la connaissiez, pourtant !
Elle se leva et appuya sur le bouton électrique dissimulé dans les draperies de la cheminée. Un domestique parut. Elle commanda :
— Priez mademoiselle de vouloir bien descendre tout de suite.
V
La portière retomba. Il y eut un léger silence dans la pièce. La conversation ou plutôt le long monologue de Mme de Maulde avait été coupé et dans l’abondance d’idées qui flottaient en son esprit, elle ne savait à laquelle s’accrocher. Mais ses yeux tombèrent sur Ghislaine et elle s’avisa alors que la future institutrice de sa petite-fille avait l’air d’une duchesse, à coup sûr d’une femme de race, et de plus, était en son genre une très jolie femme. Cette dernière qualité n’était pas pour lui déplaire ; elle avait une antipathie aussi instinctive que violente pour toutes les laideurs qui choquaient malencontreusement sa vue. Les autres, il est vrai, elle n’en avait cure, puisqu’elle n’en souffrait pas.
Et parce que Ghislaine, telle qu’elle était, flattait ses goûts d’élégance raffinée, elle s’écria, très sincère :
— Je suis vraiment ravie, mademoiselle, de penser que je vais pouvoir me reposer complètement sur vous. Aussi je vous préviens que je vous donne toute liberté pour diriger Josette comme vous l’entendrez, et, en retour, je vous demande en grâce de ne jamais me mêler à vos querelles ou à vos discussions, si vous en avez. J’ai l’horreur des gronderies, reproches, observations adressés pour des faits qui ne me touchent pas personnellement… Ah ! voici Josette !
Ghislaine tourna la tête. Dans le cadre clair de la porte, apparaissait une fillette, très fine de silhouette sous la blouse lâche de soie rouge qu’une ceinture serrait autour de la taille trop mince. D’une pâleur chaude, éclairée de pourpre par les lèvres, avec des cheveux sombres magnifiquement ondés, épandus sur les épaules, qu’un ruban serrait à demi à la hauteur de la nuque, avec des prunelles veloutées, si larges qu’elles semblaient emplir tout le visage menu, elle avait un type original d’ardente petite gipsy, volontaire et capricieuse.