Elle avait les yeux pleins de larmes. Ghislaine fut touchée de cette sympathie si profondément vraie ; mais son regard, à elle, demeura sec. Depuis deux mois, elle avait supporté tant d’épreuves de toute sorte qu’elle ne connaissait plus l’apaisement des pleurs. A peine, ses mains abandonnées sur ses genoux eurent un léger tressaillement, tandis qu’elle répondait :

— Vous êtes effrayée, n’est-ce pas, de me voir aux prises avec une situation de cette espèce et vous vous demandez, ainsi que je le fais moi-même, comment je vais pouvoir me tirer d’affaire. Savez-vous ce que j’ai fait en venant ici ?

— Quoi ? Ghislaine.

— Je suis entrée dans une agence de placement.

— De placement ?…

— Oui, pour les institutrices, les gouvernantes, non pour les domestiques, je crois… J’en avais vu l’annonce en passant. Sans réfléchir, j’ai ouvert la porte pour me renseigner, bien plus qu’avec l’espoir de trouver là une position quelconque. Maintenant, je suis renseignée ! J’ai la notion parfaite des premières épreuves qui m’attendent !

L’accent de Ghislaine avait pris une telle intensité d’amertume que Mme Dupuis-Béhenne la regarda un peu déconcertée ; c’était une Ghislaine inconnue à elle qui se révélait là, et, désorientée, elle ne savait plus comment lui parler, partagée entre une crainte instinctive de la froisser et un désir profond de lui témoigner toute sa compassion. Dans son désarroi, elle interrogea :

— Ghislaine, ma chère, est-ce que vraiment vous voulez être institutrice ?

— Si je veux ? Ah ! ma pauvre amie, je n’ai pas le choix ! Ne vous ai-je pas dit qu’il fallait que je vive ? Que pourrais-je faire ? Être lectrice, demoiselle de compagnie ! Car pour demoiselle de magasin, vraiment le courage me manquerait ! Je prendrai ce que je trouverai… Je n’ai guère les moyens d’être difficile, et la vieille femme de l’agence vient de me le dire, il y a bien plus de demandes que de positions. Je vous confierai, de plus, qu’elle ne m’a guère jugée propre à faire une bonne institutrice…

— Parce que ?