Aussitôt que la femme de chambre eut disparu, emportant les vêtements de sortie de la jeune fille, elle interrogea, avec tout son cœur :
— Voyons, mon enfant, qu’y a-t-il ? Avez-vous donc un nouveau chagrin ?
— Un chagrin, non, mais un souci grave, au sujet duquel il faut que je vous consulte parce que vous êtes une excellente amie et que je me trouve dans une situation tout à fait neuve pour moi. Il va falloir que je gagne ma vie et…
— Que vous gagniez votre vie ?
— Oui, je sors de chez le notaire. Les comptes faits, la succession de mon père liquidée, il me restera environ quatorze cents francs de rentes. Et c’est tout !
Mme Dupuis-Béhenne contemplait, effarée, la jeune fille, se demandant si elle la comprenait bien.
— Ghislaine, est-ce possible ? Vous n’exagérez pas ?
Un sourire de douloureuse ironie contracta les lèvres de Ghislaine.
— Je voudrais bien pouvoir me figurer que j’exagère, mais j’ai vu les chiffres, je ne puis plus conserver une illusion. Depuis bien des années, j’avais l’idée vague que, mon pauvre père disparu, ma position ne serait pas brillante ; mais vraiment, je ne m’étais pas imaginé que j’étais destinée à devenir une déclassée… Car c’est le sort qui m’attend.
— Ghislaine, ma chère enfant, ne parlez pas ainsi. Je suis bouleversée de ce que vous m’apprenez.