On le voyait toujours aux champs en train de poser ses attrapes, ou bien à la porte de son rucher à mi-côte, dans les bruyères du Birkenwald, avec son masque de fil de fer, ses grosses moufles de toile et sa grande cuiller tranchante pour dénicher le miel des ruches.

A la fin de l’automne, durant un mois, il quittait le village, son bissac en travers du dos, d’un côté le grand pot à miel, de l’autre la cire jaune en briques, qu’il allait vendre aux curés des environs pour faire des cierges.

Tel était le mauser.

Après avoir bien regardé sur la table, il disait :

« Ça, c’est du fromage… ça, ce sont des noisettes.

— Oui, répondait l’oncle ; à votre service.

— Merci ; j’aime mieux fumer une pipe maintenant. »

Alors il tirait de sa poche une pipe noire, garnie d’un couvercle de cuivre à petite chaînette. Il la bourrait avec soin, continuant de regarder, puis il entrait dans la cuisine, prenait une braise dans le creux de sa main calleuse et la plaçait sur le tabac. Je crois encore le voir, avec sa mine de rat, le nez en l’air, tirer de grosses bouffées en face de l’âtre pourpre, puis rentrer et s’asseoir dans l’ombre, au coin du fourneau, les jambes repliées.

En dehors des taupes et des abeilles, du miel et de la cire, le mauser avait encore une autre occupation grave : il prédisait l’avenir moyennant le passage des oiseaux, l’abondance des sauterelles et des chenilles, et certaines traditions inscrites dans un gros livre à couvercle de bois, qu’il avait hérité d’une vieille tante de Héming, et qui l’éclairait sur les choses futures.

Mais pour entamer le chapitre de ses prédictions, il lui fallait la présence de son ami Koffel, le menuisier, le tourneur, l’horloger, le tondeur de chiens, le guérisseur de bêtes, bref, le plus beau génie d’Anstatt et des environs.