Koffel faisait de tout : il rafistolait la vaisselle fêlée avec du fil de fer, il étamait les casseroles, il réparait les vieux meubles détraqués, il remettait l’orgue en bon état quand les flûtes ou les soufflets étaient dérangés ; l’oncle Jacob avait même dû lui défendre de redresser les jambes et les bras cassés, car il se sentait aussi du talent pour la médecine. Le mauser l’admirait beaucoup et disait quelquefois : « Quel dommage que Koffel n’ait pas étudié !… quel dommage ! » Et toutes les commères du pays le regardaient comme un être universel.

Mais tout cela ne faisait pas bouillir sa marmite, et le plus clair de ses ressources était encore d’aller couper de la choucroute en automne, son tiroir à rabots sur le dos en forme de hotte, criant de porte en porte : « Pas de choux ? pas de choux ?

Voilà pourtant comment les grands esprits sont récompensés.

Koffel, petit, maigre, noir de barbe et de cheveux, le nez effilé, descendant tout droit en pointe comme le bec d’une sarcelle, ne tardait pas à paraître, les poings dans les poches de sa petite veste ronde, le bonnet de coton sur la nuque, la pointe entre les épaules, sa culotte et ses gros bas bleus tachés de colle-forte, flottant sur ses jambes minces comme des fils d’archal, et ses savates découpées en plusieurs endroits pour faire place à ses oignons. Il entrait quelques instants après le mauser et, s’avançant à petits pas, il disait d’un air grave :

« Bon appétit, monsieur le docteur.

— Si le cœur vous en dit ? répondait l’oncle.

— Bien des remerciements ; nous avons mangé ce soir de la salade ; c’est ce que j’aime le mieux. »

Après ces paroles, Koffel allait s’asseoir derrière le fourneau et ne bougeait pas jusqu’au moment où l’oncle disait :

« Allons, Lisbeth, allume la chandelle et lève la nappe. »

Alors, à son tour, l’oncle bourrait sa pipe et se rapprochait du fourneau. On se mettait à causer de la pluie et du beau temps, des récoltes, etc. ; le taupier avait posé tant d’attrapes pendant la journée, il avait détourné l’eau de tel pré durant l’orage ; ou bien il venait de retirer tant de miel de ses ruches ; ses abeilles devaient bientôt essaimer, elles formaient barbe, et d’avance le mauser préparait des paniers pour recevoir les jeunes.