Et j'ai dormi vraiment pour la première fois.

L'arrêt du véhicule m'a réveillé. J'ai rouvert les yeux péniblement. J'étais écœuré mais reposé. Cela m'a d'autant plus surpris que je n'avais sommeillé — le cadran du tableau de bord me l'indiqua — que deux heures.

— Alors, a questionné Maurois, ça va mieux ?

— Excusez ce coup de pompe, Monsieur, vous le voyez, je manque d'entraînement.

Il a haussé les épaules.

— C'est normal ; à l'avenir, emportez une Thermos de café très fort… Je ne connais que ce remède contre le sommeil.

Nous étions stoppés devant un bâtiment au-dessus de la porte duquel luisait faiblement l'enseigne rouge et bleu des routiers. L'air glacé, annonciateur de l'aube, m'a pénétré comme l'eau d'une douche. Il était tellement vif et pur que j'en ai eu le souffle coupé. Nous avons pénétré dans une salle basse où un petit homme mélancolique somnolait près d'un poêle. Il nous a salués d'un hochement de tête sans joie.

— Deux cafés ! a commandé Maurois.

Le gardien s'est levé comme à regret pour mettre à chauffer une casserole de café. Puis il est revenu nous rejoindre près du poêle et nous sommes demeurés immobiles tous les trois sans nous regarder, ivres de chaleur et de silence.

Le petit bol de café que j'ai bu a dissipé mon malaise. J'ai recouvré la plénitude de mes facultés. Je me suis senti libre et joyeux et j'ai voulu reprendre le volant. J'étais heureux de conduire, je trouvais cette besogne facile et l'accomplissais comme un jeu.