Nous avons traversé Auxerre à toute allure. Des camions de petit tonnage débouchaient des carrefours, chargés de légumes, et descendaient sur Paris par la nationale 7.

Un immense bleuissement rampait dans la campagne où flottaient des lambeaux de brume. Dans deux heures, peut-être moins, le jour allait se lever, et j'attendais cette aube avec émotion. Les panneaux indicateurs se succédaient à intervalles de plus en plus rapprochés. Paris ! Paris ! Paris ! Tous entonnaient le même hymne. C'était grisant. Je me suis tourné vers Maurois, j'exultais :

— Je suis content, vraiment content, vous savez.

Il a paru amusé.

— Comme vous êtes jeune et enthousiaste !

J'ai réfléchi un instant.

— C'est vrai, ai-je reconnu, je suis un impulsif. Pensez-vous que ce soit un handicap ?

Le maître de la Citadelle a haussé les épaules.

— Peut-être, a-t-il dit d'un ton dubitatif ; cependant, ce tempérament vous donne l'avantage des promptes décisions. En ce qui me concerne, voyez-vous, il m'est arrivé de regretter mon esprit réfléchi. La conclusion d'une affaire dépend souvent de la façon dont vous concevez celle-ci. Elle peut être ce que vous vous imaginez qu'elle est.

Il avait raison. Ma vie était faite d'impulsions. J'avais beau chercher, je ne trouvais dans le développement de mon destin que de brusques coups de volant.