—Dix francs.

—C'est trop cher.»

La marchande offrit alors son bouquet aux autres; elle eut partout la même réponse. Mais quand elle passa devant Léon, il lui jeta sur la table deux pièces de cinq francs. Elle offrit le bouquet à Geneviève, que les femmes et les hommes qui les accompagnaient regardèrent avec curiosité.

«Quelle folie! dit Geneviève à son frère en quittant Tortoni.

—Non pas, répondit Léon. N'es-tu pas plus belle que les femmes qui nous entouraient et qui avaient une sorte d'air impertinent? J'ai voulu les contrarier un peu.»

Ils entrèrent dans un magasin de nouveautés, et Léon choisit pour sa sœur ce qu'il y avait de plus beau.

Pour lui, le soir, il repassa de l'encre sur les coutures de son habit.

VI

Un matin arriva Albert, pâle et la voix saccadée. Il prit Léon à part et lui dit: «Sais-tu ce qui m'arrive? Pendant mon absence, mon premier clerc, que j'avais chargé d'une lettre pour Éléonore, l'a vue, lui a fait la cour, lui a plu, a vécu avec elle pendant deux mois et a disparu, laissant dans ma caisse un déficit de trente mille francs. Ces trente mille francs n'étaient pas à moi; je suis perdu si mon père ne vient pas à mon secours; je viens te chercher, je n'ose affronter seul la première impression que va lui causer ce récit.»

Léon ne répondit rien, s'habilla et suivit Albert jusque chez M. Chaumier. M. Chaumier commença par s'emporter, puis dit qu'il n'avait pas d'argent, ce qui était vrai. Les Redeuil le jetaient chaque jour dans de nouvelles dépenses; ils lui avaient persuadé récemment de louer une loge à l'Opéra et au Théâtre-Italien, à frais communs avec eux. On lui avait fait, presque tout l'hiver, prendre un coupé au mois. Chaque dimanche ajoutait quelque somptuosité à la réception du dimanche précédent. Rose, sans songer à l'argent que cela pouvait coûter, se faisait faire, par sa couturière et par sa marchande de modes, tout ce qu'elle voyait de joli aux jeunes personnes qu'elle rencontrait dans le monde. Modeste encourageait de son mieux ce genre de dépenses; elle était fière de la beauté de Rose, qu'elle croyait avoir élevée, et d'ailleurs elle espérait un peu humilier Geneviève par la comparaison des toilettes de Rose avec les siennes. Et cependant, Geneviève, quoique moins riche que sa cousine, trouvait moyen d'être généreuse avec elle. Si Rose disait de son goût un ruban ou un fichu de Geneviève, quelques jours après elle recevait le semblable.