«Vous me trouvez mal vêtu: mais ma sœur Geneviève ne manque de rien; elle a des souliers de satin du meilleur cordonnier, et son joli pied ne perd aucun de ses avantages; ses robes sont faites par la couturière la plus célèbre; je n'ai pas de manteau, mais elle a du bois abondamment pour se chauffer. Ma sœur Geneviève ne désire rien; la hideuse pauvreté n'approche pas d'elle, et ne vient pas flétrir sa jeunesse de son haleine mortelle.»

V

Geneviève inventait toute sorte d'économies pour faire dépenser moins d'argent à son frère, tandis que Léon, de son côté, frémissant de douleur et de colère à l'idée d'une privation qui pouvait l'atteindre, inventait pour elle des désirs, afin de les satisfaire. Un soir, il trouva Geneviève occupée à refaire une vieille robe. Ce jour-là il avait vu passer sur le boulevard une foule de filles entretenues, magnifiquement vêtues et traînées par de superbes chevaux. «Mon Dieu, s'était-il demandé, qu'est-ce donc que Dieu réserve à une bonne et vertueuse fille comme Geneviève, s'il laisse prodiguer ainsi à des prostituées sans cœur et sans amour tout ce qu'il y a de beau et de riche dans le monde?» Ce sentiment l'avait préoccupé toute la journée. L'industrie à laquelle se livrait Geneviève vint aigrir son chagrin. Il s'assit près d'elle et lui dit:

«Pourquoi refais-tu encore cette vieille robe usée?

—Mais, dit Geneviève, je t'assure qu'elle me fera encore honneur cet été.

—Moins qu'une neuve, cependant.

—Une neuve serait chère, et nos moyens...

—Qui t'a dit cela, chère enfant? Partages-tu donc l'opinion vulgaire? Crois-tu qu'un artiste est un malheureux destiné à vivre dans la misère et à mourir à l'hôpital? La sœur d'un musicien doit marcher l'égale de toutes les femmes. Je gagne de l'argent, beaucoup d'argent. Je veux que tu sois toujours belle et parée. Tu donneras cette vieille robe à ta femme de ménage. Nous allons, aussitôt notre dîner fini, en acheter une ensemble.»

Et, comme ils passaient sur les boulevards, il la mena prendre des glaces chez Tortoni. Il y avait tout autour d'eux plusieurs femmes que leurs voitures attendaient sur la chaussée. Une marchande de bouquets vint leur en offrir un merveilleusement beau.

«Combien votre bouquet? dit une des femmes.