—Qu'avez-vous donc, ma chère Sara? demanda ma mie Henriette.

—Moi? Rien, répondit la jeune fille en tressaillant comme une personne qu'on éveille en sursaut. Je joue, comme vous voyez, avec ma perruche et mon éventail, voilà tout.

—Oui, je le vois bien vous jouez avec votre perruche et votre éventail; mais, à coup sûr, au moment où je vous ai tirée de votre rêverie, vous ne pensiez ni à l'une ni à l'autre.

—Oh! ma mie Henriette, je vous jure....

—Vous n'avez pas l'habitude de mentir, Sara, et surtout avec moi, interrompit la gouvernante; pourquoi commencer aujourd'hui?

Les joues de la jeune fille se couvrirent d'une vive rougeur; puis, après un moment d'hésitation:

—Vous avez raison, chère bonne, lui dit-elle; je pensais à tout autre chose.

—Et à quoi pensiez-vous?

—Je me demandais quel pouvait être ce jeune homme qui est passé là si à propos pour nous tirer d'embarras. Je ne l'ai jamais aperçu avant aujourd'hui, et, sans doute, il est arrivé avec le vaisseau qui a amené le gouverneur. Est ce donc un mal que de penser à ce jeune homme?

—Non, mon enfant, ce n'est point un mal d'y penser; mais c'était un mensonge de me dire que vous pensiez à autre chose.