—J'ai eu tort, dit la jeune fille, pardonne-moi.
Et elle avança sa charmante tête vers sa gouvernante, qui, de son côté, se pencha vers elle et l'embrassa au front.
Toutes deux demeurèrent en silence pendant un instant; mais, comme ma mie Henriette, en Anglaise sévère qu'elle était, ne voulait pas laisser l'imagination de son élève s'arrêter trop longtemps sur le souvenir d'un jeune homme, et que Sara, de son côté, éprouvait un certain embarras à se taire, toutes deux ouvrirent la bouche en même temps pour entamer un autre sujet de conversation. Mais leurs premières paroles se choquèrent en quelque sorte, et chacune s'étant arrêtée pour laisser parler l'autre, il résulta du conflit des mots trop pressés un autre moment de silence. Cette fois, ce fut Sara qui le rompit.
—Que vouliez-vous dire, ma mie Henriette? demanda la jeune fille.
—Mais, vous-même, Sara, vous disiez quelque chose. Que disiez-vous?
—Je disais que je voudrais bien savoir si notre nouveau gouverneur est un jeune homme.
—Et, dans ce cas, vous en seriez fort aise, n'est-ce pas, Sara?
—Sans doute. Si c'est un jeune homme, il donnera des dîners, des fêtes, des bals, et cela animera un peu notre malheureux Port-Louis, qui est si triste. Oh! les bals surtout! s'il pouvait donner des bals!
—Vous aimez donc bien la danse, mon enfant?
—Oh! si je l'aime! s'écria la jeune fille.