—Et pourquoi?

—Il me dira: «Si mon fils était mort, j'aurais vu l'âme de mon fils; l'âme de Laïza n'a pas visité son père: Laïza n'est pas mort.»

—Eh bien, tu lui diras que j'aime une fille blanche, dit Laïza, et il me maudira. Mais, quant à quitter l'île tant qu'elle y sera, jamais!

—Le Grand-Esprit m'inspirera, frère, répondit Nazim en se levant; conduis-moi où est le canot.

—Attends, dit Laïza.

Et le nègre s'avança vers la tige creuse d'un mapou, en tira un tesson de verre et une gargoulette pleine d'huile de coco.

—Qu'est-ce que cela? demanda Nazim.

—Écoute, frère, dit Laïza: il est possible qu'à l'aide d'un bon vent et de tes avirons, tu atteignes, en huit ou dix jours, ou Madagascar, ou même la Grande-Terre. Mais il est possible que, demain ou après-demain, un grain te rejette à la côte. Alors on saura ton départ, alors ton signalement aura été donné pour toute l'île, alors tu seras obligé de te faire marron, et de fuir de bois en bois, de rochers en rochers.

—Frère, on m'appelait le cerf d'Anjouan, comme on t'en appelait le lion, dit Nazim.

—Oui; mais, comme le cerf, tu peux tomber dans un piège. Alors il faut qu'ils n'aient aucune prise contre toi; il faut que tu glisses entre leurs mains. Voici du verre pour couper tes cheveux, voici de l'huile de coco pour graisser tes membres. Viens, frère, que je te fasse la toilette du nègre marron.