—Alors, la patrie?
—Je l'ai oubliée.
—Nessali?
—Je ne m'en souviens plus.
—Notre père?
Laïza laissa tomber sa tête dans ses mains. Puis, au bout d'un instant:
—Écoute, lui dit-il, tout ce que tu pourrais me dire pour me faire partir serait aussi inutile que tout ce que je t'ai dit pour te faire rester. Elle est tout pour moi, famille et patrie! J'ai besoin de sa vue pour vivre, comme j'ai besoin de l'air qu'elle respire pour respirer. Suivons donc chacun notre destin, Nazim, retourne à Anjouan; moi, je reste ici.
—Mais que dirai-je à mon père quand il me demandera pourquoi Laïza n'est pas revenu?
—Tu lui diras que Laïza est mort, répondit le nègre d'une voix étouffée.
—Il ne me croira pas, dit Nazim en secouant la tête.