Il cacha la corde entre ses matelas et, comme l'obscurité était tout à fait venue, il commença à limer un de ses barreaux.

Les barreaux étaient assez écartés l'un de l'autre pour que, un barreau manquant, Georges pût passer par la brèche faite.

C'était une lime sourde; on n'entendit aucun bruit, et, comme, vers les sept heures, on lui avait apporté à souper, Georges avait la presque certitude de ne pas être dérangé.

Cependant l'œuvre avançait lentement: neuf heures, neuf heures et demie, dix heures sonnèrent. Pendant que le prisonnier sciait la barre de fer, depuis quelque temps, vers l'extrémité de la rue du Gouvernement, du côté de la rue de la Comédie et du port, il lui semblait avoir vu s'allumer de grandes lueurs. Au reste, pas une patrouille ne sillonnait la ville, aucun soldat attardé ne regagnait sa caserne. Georges ne comprenait rien à cette apathie du gouverneur: il le connaissait trop pour penser qu'il n'avait pas pris toutes ses précautions, et cependant, comme nous l'avons dit, la ville paraissait sans défense aucune et comme abandonnée à elle-même.

À dix heures, cependant, il lui sembla entendre grandir une rumeur qui venait du côté du camp malabar: c'était de ce côté que les révoltés, rassemblés, on se le rappelle, sur le bord de la rivière des Lataniers, devaient arriver. Georges redoubla d'efforts; le barreau était déjà complètement scié par en bas, et il venait de l'entamer en haut.

La rumeur continua de grandir. Il n'y avait plus à se tromper: c'était le bruit que font en se mêlant les voix de plusieurs milliers d'hommes. Laïza avait tenu parole; un sourire de joie passa sur les lèvres de Georges, un éclair d'orgueil illumina son front; on allait donc combattre. Peut-être n'y aurait-il pas victoire; mais, au moins, il allait y avoir lutte. Et Georges allait se mêler à cette lutte, car le barreau ne tenait plus qu'à un fil.

Il écoutait donc, l'oreille tendue et le cœur palpitant; le bruit s'approchait de plus en plus, et cette lueur, qu'il avait déjà remarquée, allait grandissant. Le feu était-il à Port-Louis? C'était impossible, car nul cri de détresse ne se faisait entendre.

De plus, quoiqu'on entendît toujours cette rumeur, qui, chose étrange, semblait plutôt une rumeur joyeuse qu'un bruit menaçant, aucun bruit d'armes ne retentissait, et la rue où était située la Police était restée solitaire.

Georges attendit un quart d'heure encore, espérant toujours que quelques coups de fusil retentiraient et termineraient son inquiétude, en lui annonçant qu'on en était aux mains; mais cette même rumeur étrange bruissait toujours sans que le bruit tant attendu s'y mêlât.

Le prisonnier pensa alors que l'important pour lui était d'abord de fuir. Avec un dernier ébranlement, le barreau céda. Georges attacha fortement la corde à sa base, jeta le barreau devant lui pour s'en faire une arme, passa par l'ouverture, se laissa glisser le long de la corde, toucha la terre sans accident, ramassa le barreau, et s'élança dans une des rues transversales.