Pendant ce temps, Néron était rentré dans le palais de Bauli, et, reprenant à table la place qu'il avait quittée un instant, il avait fait venir de nouvelles courtisanes, de nouveaux bateleurs, avait ordonné que le festin continuât, et se faisant apporter sa lyre, il chantait le siège de Troie. Cependant, de temps en temps, il tressaillait, et tout à coup un frisson lui passait dans les veines, une sueur froide glaçait son front; car tantôt il croyait entendre le dernier cri de sa mère, tantôt il lui semblait que le génie de la mort, traversant cette atmosphère chaude et embaumée, lui effleurait le front du bout de l'aile. Enfin, après deux heures de cette veille fiévreuse, un esclave entra, s'avança vers Néron, et lui dit à l'oreille un mot que personne n'entendit, mais qui le fit pâlir; aussitôt, laissant tomber sa lyre et arrachant sa couronne, il s'élança hors de la salle du festin, sans dire à personne le sujet de cette subite terreur, et laissant ses convives libres de se retirer ou de continuer l'orgie. Mais le trouble de l'empereur avait été trop visible, et sa sortie trop brusque, pour que les courtisans n'eussent pas deviné qu'il venait de se passer quelque chose de terrible; aussi chacun s'empressa d'imiter l'exemple du maître, et quelques minutes après son départ, cette salle tout à l'heure si pleine, si bruyante et si animée, était vide et silencieuse comme un tombeau profané.

Néron s'était retiré dans sa chambre et avait fait appeler Anicétus. Celui-ci, en abordant au port, avait rendu compte de sa mission à l'empereur, et l'empereur, sûr de sa fidélité, n'avait conçu aucun doute sur la véracité de son récit. Son étonnement fut donc grand, quand, le voyant entrer Néron s'élança sur lui on s'écriant:

—Que me disais-tu donc qu'elle était morte? Il y a en bas un messager qui vient de sa part!

—Alors, il faut qu'il arrive de l'enfer, répondit Anicétus; car j'ai vu le plafond s'écrouler et le vaisseau s'engloutir, car j'ai entendu une voix crier: Je suis Agrippine, la mère de César; et j'ai vu se lever et retomber la rame qui a brisé la tête de celle qui appelait si imprudemment à son secours!...

—Eh bien! tu t'es trompé: c'est Acerronie qui est morte, et c'est ma mère qui est sauvée.

—Qui dit cela?

—L'affranchi Agérinus.

—L'as-tu vu?

—Non, pas encore.

—Que va faire le divin empereur?