DESDÉMONA.—Oh!... Je crains pourtant... Comment avez-vous été séparés?

CASSIO.—C'est ce grand combat des cieux et des mers qui nous a séparés.—Mais écoutons; une voile!

DES VOIX au loin.—Une voile! une voile!

(On entend des coups de canon.)

UN OFFICIER.—Ils saluent la citadelle. C'est sans doute encore un ami.

CASSIO.—Allez aux nouvelles.—Cher enseigne, vous êtes le bienvenu. (A Émilia.) Et vous aussi, madame.—Bon Jago, ne vous offensez point de ma hardiesse; c'est mon éducation qui me donne cette courtoisie téméraire.

JAGO.—Si elle était pour vous aussi prodigue de ses lèvres qu'elle l'est souvent pour moi de sa langue, vous en auriez bientôt assez.

DESDÉMONA.—Hélas! elle ne parle jamais.

JAGO.—Beaucoup trop, sur mon âme. Je l'éprouve toujours, quand j'ai envie de dormir. Devant vous, madame, je l'avoue, elle retient sa langue au fond de son coeur, et ne querelle que dans ses pensées.

ÉMILIA.—Vous avez peu de raisons de parler ainsi.