Michele suait de peur, mais il ne laissa pas percer sa faiblesse.

Il descendit dans la ville, jusqu'à la maison où le sous-juge s'était barricadé.

Les rues étaient désertes.

Tibasu était plus effrayé que Michele, car la foule avait été assaillie au bon moment.

Michele revint au bureau du télégraphe, et envoya une dépêche à Chicacola pour demander de l'aide.

La réponse n'était pas arrivée, qu'il recevait une députation des anciens, venue pour lui dire que ses actes étaient absolument «inconstitutionnels» et pour essayer de l'intimider. Mais Michele avait dans la poitrine un grand cœur d'homme blanc, à cause de son amour pour miss Vezzis, la bonne d'enfants, et parce qu'il avait goûté pour la première fois à la Responsabilité et au Pouvoir.

Ces deux choses réunies formaient une boisson enivrante, et elles ont causé plus de chutes parmi les hommes, que le whiskey n'en produisit jamais.

Michele répondit que le sous-juge pourrait dire ce qu'il voudrait, mais qu'en attendant l'arrivée de l'aide-collecteur, l'opérateur du télégraphe était à Tibasu le gouvernement de l'Inde, et que les anciens de Tibasu seraient tenus pour responsables si l'émeute recommençait.

Alors ils courbèrent la tête, et dirent: «Soyez miséricordieux», ou quelque chose d'approchant, puis ils repartirent, profondément pénétrés de crainte, en s'accusant mutuellement d'avoir excité le désordre.

Dès les premières heures du jour, après avoir fait une patrouille dans les rues avec ses sept policemen, Michele descendit sur la route, le fusil en main, allant à la rencontre de l'aide-collecteur, qui était monté à cheval pour calmer Tibasu.