L'inspecteur indigène de police entra en courant et dit à Michele que toute la ville était en ébullition et se préparait à saccager la station télégraphique.

Le babou se coiffa de son bonnet, et sortit tranquillement par la fenêtre, pendant que l'inspecteur terrifié, mais obéissant à l'antique instinct de race qui devine une goutte de sang blanc, si diluée qu'elle soit, demandait:

—Quels sont les ordres du Sahib?

Au mot de Sahib, Michele prit son parti.

Malgré l'horrible frayeur qu'il éprouvait, il se sentit, lui l'homme qui avait dans sa généalogie le juif de Cochin, et l'oncle domestique, il se sentit donc le seul homme qui représentât dans la localité l'autorité anglaise.

Alors il songea à miss Vezzis, aux cinquante roupies, et il assuma la responsabilité de la situation.

Il y avait à Tibasu sept policemen indigènes, et ils disposaient pour eux sept de quatre fusils à pistons tout détraqués. Tous ces hommes étaient gris de peur, mais non au point qu'on ne pût les faire marcher.

Michele lâcha la clef de l'appareil télégraphique, sortit, à la tête de son armée, pour affronter la foule.

Et comme la cohue venait de tourner l'angle de la route, il mit en joue et fit feu, les hommes qui étaient derrière lui en firent autant, par instinct.

Toute la foule,—composée jusqu'au dernier homme de lâches roquets, poussa un hurlement et se sauva, laissant par terre un mort et un mourant.