Or, la station où se passaient toutes ces choses n'était certes pas une petite station, mais elle était en dehors de la ligne du chemin de fer, et périssait dans l'oubli.
Il n'y avait point de jardins, point d'orchestre, aucune distraction qui valût la peine d'en parler, et il fallait presque une journée de voyage pour aller danser à Lahore.
Les gens vous savaient gré de la moindre chose qui pût les intéresser.
Vers le commencement de mai, juste avant l'exode final des habitués de stations en montagne, alors qu'il faisait très chaud et qu'il ne restait pas plus de vingt personnes à la station, Saumarez organisa un pique-nique, où l'on devait se rendre à cheval pour souper au clair de lune, sur une tombe antique, à six milles de là, sur le bord de la rivière.
C'était un pique-nique genre Arche de Noé; et il devait y avoir comme à l'ordinaire, un intervalle d'un quart de mille entre chaque couple, à cause de la poussière.
Il vint six couples en tout, y compris les chaperons.
Les pique-niques au clair de la lune sont utiles justement quand la saison va finir, avant que les jeunes filles ne partent pour les stations en montagne. Ces pique-niques amènent les cœurs à battre à l'unisson et les chaperons devraient les encourager, surtout quand leurs filles ont l'air charmantes en amazones.
J'en ai connu un cas jadis, mais cela c'est une autre histoire.
Ce pique-nique-là fut appelé le grand pique-nique détente, parce qu'on savait qu'alors Saumarez se déclarerait à l'aînée des misses Copleigh, et outre son affaire, il y en avait une autre qui pourrait se dénouer aussi heureusement.
L'atmosphère sociale était chargée à haute pression et demandait à être dégagée.