Comme il n'avait rien à faire, il ne manqua pas de devenir amoureux.

Il était fort gentil, mais il manquait de fermeté dans ses vues, dans ses opinions, dans ses principes, et bien qu'il n'allât jamais jusqu'à faire vraiment du mal, ses amis furent très contents quand il leur dit adieu et qu'il partit pour cette mystérieuse affaire de thé, dans les environs de Darjeeling. Ils dirent: «Que Dieu vous bénisse, mon cher garçon, et qu'on ne vous revoie jamais!»

Tout au moins c'est là ce qu'on fit entendre à Phil.

Au moment du départ, il avait en tête un grand projet pour prouver qu'il valait plusieurs centaines de fois plus qu'on ne l'évaluait: il travaillerait comme un cheval, et il épouserait Agnès Laiter.

Outre sa bonne tournure, il avait maintes autres qualités.

Son seul défaut, c'était d'être faible. Oui il l'était, si peu que ce fût.

En fait d'économie, il n'en savait pas plus que le Morning Sun, et cependant vous n'auriez pu mettre le doigt sur un article et dire: «En cette occasion, Phil Garron a fait preuve d'extravagance et d'étourderie.» Et vous n'auriez point trouvé en son caractère un seul vice bien défini, mais il était incomplet, et se laissait pétrir comme du mastic.

Agnès Laiter retourna, les yeux rouges, à ses devoirs d'intérieur,—la famille désapprouvait cet engagement,—pendant que Phil faisait voile pour Darjeeling, «port situé sur l'Océan du Bengale» ainsi que sa mère se plaisait à le dire à ses amis.

Il était fort bien vu à bord, il lia beaucoup de relations, ne fit qu'une note de boissons assez modérée, et envoya de chaque port de relâche d'énormes lettres à Agnès Laiter.

Puis il se mit à l'œuvre sur la plantation, située quelque part entre Darjeeling et Kangra.