«La risée de l'aurore, dit Tim. Elle va continuer jusqu'à sa rencontre avec le soleil. Regardez! Regardez! Voici les ténèbres repoussées au-dessus de notre avant. Venez au colloïde d'arrière. Je vais vous montrer quelque chose.»

La chambre de la machine est chaude et étouffante, les employés du fourgon dorment, et l'Esclave du Rayon est prêt à les imiter. Tim fait glisser le colloïde arrière, et révèle la courbe du monde—le pourpre étrangement sombre de l'océan—bordée d'or fumant et insoutenable au regard. Alors, le soleil se lève, et, par le colloïde, frappe de cécité nos lampes. Tim le menace du regard.

«Des écureuils dans une cage, murmure-t-il, c'est tout ce que nous sommes. Des écureuils dans une cage! Il va deux fois plus vite que nous. Attends seulement quelques années, mon brillant ami, et nos enjambées t'étonneront. Nous te la ferons, nous autres, à la Josué!»

Oui, c'est notre rêve: changer à notre gré toute la terre en Vallée d'Ajalon. Jusqu'ici, nous pouvons, en ces latitudes, faire sortir l'aurore à deux fois sa longueur normale. Mais, un jour—quand ce serait sur l'Equateur—nous nous maintiendrons de niveau avec le Soleil en sa pleine allure.

Nos regards plongent maintenant sur une mer encombrée d'un lourd trafic. Un grand submersible émerge soudain de l'eau, puis un autre et un autre encore, avec un bruit de torrent, une sorte de succion et le bouillonnement sauvage de pressions soulagées. Les cargos de mer profonde remontent respirer après la longue nuit, et l'indolent océan est tout entier dessiné d'yeux de paon d'écume.

«Nous aussi, nous allons respirer», déclare Tim.

Et, lorsque nous revenons à la passerelle que George ferme, on ouvre les colloïdes, et l'air frais balaie le bâtiment. Nul besoin de se presser. Les contrats (on doit les reviser à la fin de l'année) accordent douze heures pour une course dont n'importe quel bâtiment peut se tirer en dix. Aussi prenons-nous notre petit déjeuner dans les bras d'un biais d'est qui nous pousse de l'avant à une allure de vingt nœuds languissants.

Pour jouir de la vie et du tabac, commencez-les l'un et l'autre par un matin ensoleillé, à quelque chose comme un demi-mille au-dessus des ceintures de nuages de l'Atlantique moiré, après qu'une tourmente d'électricité vous a nettoyé et détendu les nerfs. Pendant que nous discutions sur le trafic grossissant, avec la supériorité que vous donne un haut niveau à vous réservé, nous entendîmes (et moi pour la première fois) l'hymne du matin sur un Ballon-Hôpital.

Il était voilé d'un écheveau d'ouate embrouillé au-dessous de nous, et nous perçûmes les chants avant de le voir émerger au soleil:

«Oh, vous, Souffles de Dieu, bénissez le Seigneur! Louez-Le et glorifiez-Le à jamais!»