«Comptez-vous monter pour Le Shamrock?» demande le capitaine Hodgson.

Le Phare de Cork (vert, fixe) grandit à mesure que nous fonçons dessus. Le capitaine Purnall fait signe que oui. Le trafic est chargé par ici—le banc de nuages, au-dessous de nous, se raye de fissures courantes de flamme, là où les bâtiments de l'Atlantique se hâtent vers Londres, juste au-dessous de la ouate. Les malles-postes sont censées, d'après les règlements de la Conférence, avoir pour elles la voie libre sur cinq mille pieds de large; mais l'étranger pressé ne se gêne pas pour prendre des libertés avec l'air anglais. No 162 s'élève au long accent plaintif de la brise dans l'arête d'avant du gouvernail, et nous faisons Valentia (blanc, vert, blanc), à sept mille pieds à l'abri, en inclinant notre projecteur sur un paquebot de Washington qui rentre.

Pas un nuage sur l'Atlantique, où de vagues méandres de crème autour de Dingle Bay montrent que là, sous une force irrésistible, les eaux martèlent la côte. Un gros chargeur français S.A.T.A. (Société Anonyme de Transports Aésiens) plonge et se relève à un mille au-dessous de nous, en quête d'une accalmie dans le continu vent d'ouest. Plus bas encore repose un Danois désemparé; il raconte au chargeur toute son affaire en international. Notre cadran de Communication Générale a saisi sa palabre, et entreprend d'écouter aux portes. Le capitaine Hodgson fait un mouvement comme pour l'arrêter, mais se retient.

«Peut-être vous plairait-il d'écouter?» dit-il.

«Argol de Saint-Thomas», pleurniche le Danois. «Faites savoir armateurs trois collets palier buttée tribord fondus. Pouvons faire Flores comme nous sommes, mais impossible plus loin. Faut-il acheter rechanges à Fayal?»

Le chargeur accuse réception et recommande d'intervertir les collets. L'Argol répond qu'il l'a déjà fait sans succès, et qu'il commence à se refroidir à propos des émaillés allemands économiques pour collets de palier de buttée. Le Français approuve cordialement, crie: «Bon courage, mon vieux», et coupe la communication.

Leurs lumières s'enfoncent sous la courbe de l'océan.

«C'est un des bâtiments de la Lundt and Bleamer, déclare le capitaine Hodgson. C'est bien fait, il ne fallait pas mettre des alliages allemands dans leurs paliers de buttée. C'est pas lui qui sera ce soir à Fayal! A propos, vous plairait-il de venir faire le tour de la chambre de la machine?»

J'avais impatiemment attendu cette invitation; et, quittant avec le capitaine Hodgson la passerelle de commandement, je le suis, en me baissant très bas pour éviter le ventre des réservoirs. Nous savons que le gaz de Fleury peut soulever n'importe quoi, ainsi que l'ont démontré les fameux essais de ..89, mais sa puissance pour ainsi dire illimitée d'expansion nécessite beaucoup de place pour les réservoirs. Il n'est pas jusque dans cet air raréfié, où les garages de force ne soient occupés à lui enlever un tiers de sa force d'expansion normale, et encore faut-il modérer 162 par un coup de plongée du gouvernail, sous peine de voir notre vol se changer en grimpée aux étoiles. La capitaine Purnall préfère un bâtiment trop soulevé à un bâtiment qui l'est trop peu; mais il n'y a pas deux capitaines pour disposer leur bâtiment de la même façon.

«Quand ce sera mon tour de prendre le quart, dit le capitaine Hodgson, vous me verrez garer quarante pour cent de la force d'expansion du gaz, et courir sur le gouvernail de montée. Avec une inclinaison en haut au lieu d'une inclinaison en bas, comme vous dites. N'importe comment, cela ira toujours. Ce n'est qu'affaire d'habitude. Suivez de l'œil notre cadran de hauteur. Tim fait descendre le bâtiment une fois tous les trente nœuds, avec la régularité de la respiration.»