—Je suis de la Ruche, repartit sèchement Mélissa.

—C'est tout un. Nous et la Ruche ne formons qu'une même chose.

—Alors, pourquoi vos antennes diffèrent-elles des nôtres? Pas besoin de me presser comme cela!

—Ne soyez donc pas province, carissima. Vous ne pouvez faire que tout l'univers soit pareil... pas encore.

—Mais pourquoi diable pondez-vous? insista Mélissa. Vous pondez comme une Reine... sauf que vous laissez tomber vos œufs tout partout par plaques. Je vous ai vue à l'œuvre.

—Ah, bel Argus! C'est ainsi que vous avez saisi mon petit truc. En effet, ce sont des œufs. Tout à l'heure, ils répandront nos principes. Vous n'êtes pas contente?

—Vous m'avez donné votre parole d'honneur la plus solennelle que ce n'étaient pas des œufs.

—C'est là tout mon petit truc, ma très chère... pour le bien de la cause. Maintenant, allons dire deux mots à la jeunesse.»

La Teigne courut d'un pas léger vers le quatrième cadre de couvain, où les jeunes abeilles étaient occupées à empâter les nourrissons.

Il faut un certain temps à une honnête abeille pour éventer un mensonge soutenu et malintentionné. «Elle est tout velours et toute douceur,» fut tout ce que se dit Mélissa. «Mais son parler rappelle le goût du miel de lierre. Je ferais aussi bien de retourner aux champs.»