Et elle tourna le coin qui commandait la vue sur Friars Pardon, étourdie, malade et sans force.

Tout à coup, la maison qu'ils avaient achetée par l'effet d'un caprice se présentait sous une nouvelle apparence à ses yeux, basse de façade, large d'ailes, ample, préparée par le cours des générations pour toutes choses de ce genre. De même que son aspect l'avait raffermie, lorsqu'elle gisait là, morne et désolée; de même, maintenant que ces quelques mois de vie entre ses murs lui donnaient un sens, elle prenait un pouvoir calmant et promettait du bon. Sophie se dépêcha d'entrer seule dans le hall, et baisa l'un et l'autre montants de porte:

«Soyez-moi propices. Vous savez, vous! Vous n'avez jamais encore failli à votre devoir.»

Lorsqu'on expliqua l'affaire à George, la première idée de celui-ci fut de s'embarquer aussitôt pour leur pays, mais ce fut chose à laquelle Sophie s'opposa.

«Je n'ai nul besoin de la science, dit-elle. Je n'ai besoin que de me sentir aimée, et, chez nous, on n'a pas le temps de cela. En outre, ajouta-t-elle en regardant par la fenêtre, ce serait une désertion.»

George fut forcé de se calmer en reliant Friars Pardon au système télégraphique de la Grande-Bretagne par téléphone—trois quarts de mille de poteaux, plantés par Whybarne et quelques-uns des amis de ce dernier. L'un de ceux-ci était un étranger, venu de la paroisse voisine. Il dit, pendant qu'on posait la ligne:

«Il y a un vieil ormeau, à droite, sur notre route. Allons-nous le jeter bas[7]?

[7] En Angleterre, on fabrique de préférence les cercueils avec l'orme. Les paysans préfèrent attendre que Sophie soit accouchée, pour abattre un arbre de cette essence.

—Les gens de la paroisse de Toot-Hill, ni grâce ni chance, Dieu les garde! (Le vieux Whybarne cria le proverbe local de trois poteaux plus bas sur la ligne.) Non, nous n'allons pas, pour ce qui est de nous, mettre ici la hache dans du bois à cercueil... pas jusqu'à ce que nous sachions où nous en sommes encore. Faites le tour, faites le tour!»

C'est ainsi que, jusqu'à ce jour, cette boucle imprévue dans la ligne droite qui traverse l'herbage au-dessus reste un mystère pour Sophie et George. Pas plus ne sauraient-ils dire pourquoi Skim Winsh, qui, tous les samedis soirs, à dix heures quarante-cinq, rentrait on ne peut plus mélodieusement ivre à son cottage situé au-dessus du petit bois de Dutton, comme son père avait fait avant lui, ne chantait plus au bas des marches du jardin, où Sophie craignait toujours qu'il ne se cassât le cou. Le sentier était, cela ne faisait pas de doute, un ancien droit de passage, et, à dix heures quarante-cinq, le samedi, Skim se rappelait qu'il était de son devoir, vis-à-vis de la postérité, d'en assurer l'observance—jusqu'au jour où Mrs. Cloke lui dit un mot—un seul mot. Elle dit ce mot de même à sa propre fille Mary, femme de chambre-couturière à Friars-Pardon, et à la meilleure et nouvelle amie de Mary, la servante de cinq pieds sept pouces, importée de Londres, qui apprenait à Mary à garnir les chapeaux, et trouvait que le pays manquait un peu de gaîté.