—Cela viendrait-il avec moi pour donner à manger aux gros chiens?» reprit le Gouverneur.

Les autres petits curieux reculèrent.

«Sauvons-nous! crièrent-ils. Notre Excellence va donner Farag à manger aux gros chiens.

—Je vais venir, déclara Farag. Et je ne m'en irai jamais.»

Il jeta son bras autour du cou de Royal, et la bête intelligente se mit à lui lécher le visage. Après quoi Farag, adressant de la main un vague adieu à son oncle, entraîna Royal vers la gabare, et le reste de la meute suivit.


Gihon, qui avait assisté à nombre de sports, apprit à bien connaître la gabare de chasse. Il la trouva opérant ses tournants par des aubes grises de décembre, aux sons d'une musique aussi sauvage et lamentable que le roulement presque oublié des tambours derviches, lorsque, bien au-dessus du timbre de ténor de Royal, d'un ton de voix plus strident que le fausset de ce menteur de Beagle-boy, Farag chantait la guerre à mort contre Abu Hussein et son engeance. Au lever du soleil, le fleuve épaulait soigneusement l'embarcation à l'endroit voulu, pour écouter l'élan de la meute franchissant pêle-mêle la passerelle, et le pas de l'arabe du Gouverneur derrière eux. Ils passaient par-dessus le sommet de la dune dans les récoltes veuves de rosée, où il n'était plus possible pour Gihon, accroupi, étranglé, en son lit, de savoir ce qu'ils faisaient jusqu'à l'instant où Abu Hussein, volant en bas du talus, venait gratter à un terrier bouché, pour revoler dans l'orge. Ainsi que Farag l'avait prédit, ce furent de mauvais jours pour Abu Hussein, tant qu'il ne sut prendre les précautions nécessaires et s'échapper, sans plus. Parfois, Gihon voyait tout le cortège de la chasse en silhouette sur le bleu du matin lui tenir compagnie durant nombre de joyeux milles. A chaque moitié de mille, chevaux et baudets sautaient les caniveaux—hop, allons, changez de pied, et de l'avant!—comme les images d'un zootrope, jusqu'au moment où ils se rapetissaient le long de la ligne des roues hydrauliques. Alors, Gihon attendait le frémissement de leur retour à travers les récoltes, et les prenait au repos sur son sein à dix heures. Pendant que les chevaux mangeaient, et que Farag dormait, la tête sur le flanc de Royal, le Gouverneur et son Inspecteur peinaient pour le bien de la chasse et de la Province.

Au bout de quelque temps, il n'y eut plus besoin de battre personne pour négligence des terriers. La destination du steamer fut télégraphiée de roue hydraulique en roue hydraulique, et les villageois bouchèrent et se mirent à l'œuvre en conséquence. Un terrier se trouvait-il négligé, que le fait impliquait un différend quant à la propriété de la terre. Sur quoi, la chasse s'arrêtait net pour le régler de la façon suivante: le Gouverneur et l'Inspecteur l'un à côté de l'autre, mais, le second, à une demi-longueur de cheval en arrière; les deux adversaires, les épaules nues, bien en avant; les villageois en demi-lune derrière eux; et Farag avec la meute, qui l'un comme l'autre comprenaient fort bien toute la petite comédie, formant parterre. Vingt minutes suffisaient à régler le cas le plus compliqué; car, ainsi que le déclara le Gouverneur à un juge sur le steamer:

«On arrive à la vérité sur le terrain de chasse des tas de fois plus vite que devant vos tribunaux.

—Et lorsqu'il y a contradiction en matière de preuve? objecta le juge.