—Félicie, voyons, Félicie! je t'en supplie, ne fais pas de scandale!

—Mais le voilà, le scandale, le voilà! Je vous dis que c'est le bureau du grand-père Gillot! Vous le connaissez bien. Vous n'avez donc plus de sang dans les veines? On vous vole votre mobilier, et vous êtes là, à vous regarder comme des chiens de faïence!

Ces demoiselles n'avaient jamais eu de mobilier. Grand'mère avait vu vendre le sien quatre fois. L'indignation de Félicie ne les gagnait point.

—Mais, hasarda grand'mère, madame François t'a expliqué…

—Il n'y a pas d'explications devant ça! On vous fait avaler tout ce qu'on veut avec des explications, mais devant une pièce à conviction ce n'est plus possible. On nous a volés. Qu'on aille me chercher Pidoux: il va me remporter ce meuble-là, tout de suite, dans sa carriole, chez mademoiselle Gillot.

Et elle touchait de nouveau le bureau de famille; elle en maniait et faisait claquer toutes les poignées de cuivre; elle se cognait les doigts contre sa propriété.

—Vous ne voulez pas aller me chercher Pidoux? Moi, j'y vais.

Elle se précipita vers la porte. Mais elle n'eut pas la peine de l'ouvrir: monsieur le curé entrait.

On vit, dans le jour clair du corridor, sa grosse bedaine, où des miettes de pain étaient encore attenantes; il y en avait un chapelet aux grains blonds dans un des plis de la ceinture remontée jusque sur l'estomac. Tout rayonnait en lui: sa bonne face rouge et réjouie, son large nez gras, ses yeux d'enfant.

Il ouvrit les deux mains de chaque côté du corps, de ce geste accueillant et tendre qu'on prête au bon pasteur. Son regard contenait la plénitude du bonheur et de la bonté. Il souriait comme une mère qui va embrasser ses enfants. Ses cheveux blancs lui dessinaient une espèce d'auréole. Pour tous les gens qui étaient là, assurément, il était Dieu lui-même.