—Partez! partez! Allez à Langeais!
Grand'mère se sauva, en m'entraînant, et fit sa malle.
V
L'ONCLE À LA MODE DE BRETAGNE
Par l'effet d'une grâce merveilleuse, que Dieu n'accorda jamais qu'à l'extrême jeunesse ou à grand-père Fantin, dans ce voyage qui ressemblait à un exil, je voyais tout en rose. Langeais! l'oncle Goislard, ou mieux: «l'oncle à la mode de Bretagne!» c'étaient des mots qui, depuis les genoux de ma nourrice, tintaient des airs de fête à mes oreilles. On m'avait appris que Langeais était au bord d'un fleuve dix fois plus large que nos rivières, et possédait un château du moyen âge, avec des créneaux, des meneaux, des douves, et tout ce qui s'ensuit. À Langeais, Félicie et grand'mère avaient été jeunes, et cette seule circonstance en faisait un pays de Cocagne. En outre, je comptais n'y voir que des dames «outrageusement décolletées», ce qui ne touchait que ma curiosité, mais très vivement. Tout cela ne fleurait-il pas le conte de fées? Et j'étais assis, les yeux bêtes à force de rêves, sur ma banquette de seconde classe, vis-à-vis de ma pauvre grand'mère, chassée par son gendre, encore une fois humiliée, et s'en venant heurter de front,—pour le salut de Félicie, notre commune providence,—le chimérique auteur d'humiliations sans nombre.
À l'arrêt du train, grand-père Fantin amenuisait ses petits yeux et souriait d'un favori à l'autre, même avant que de nous voir. Notre surprise fut de trouver là Philibert.
—Comment! lui dit sa mère, toi, ici?
—On m'a fait venir.
—Oui, oui,—interrompit Casimir,—nous hébergeons ce gaillard-là, depuis trois semaines. Il prend du ventre.
Il ajouta, à l'oreille de sa femme: