—Madame Letermillé.
—Vous l'appellerez «maman».
—Et l'autre, alors, la vraie?
—On ne confondra point; n'ayez pas peur.
—C'est que, dis donc, madame Letermillé sera damnée!
—Pourquoi ça?
—C'est elle qui l'a dit à Philibert pendant qu'il lui passait un doigt sous la manche, au-dessous du coude, là où c'est le plus gras…
—On ne va pas en enfer pour si peu! Sans doute qu'ils essayaient de voir s'ils pouvaient se marier ensemble. Bientôt ce sera votre papa qui lui fera ça.
—Ah!
Je n'étais pas fâché à l'idée que Suzanne viendrait courir avec moi dans le jardin. Il était beau comme l'année d'avant, alors que je m'y amusais si bien au moment même où maman, la vraie, mourait à Beaumont. Les massifs regorgeaient de lilas et de lauriers fleuris; les cytises répandaient leur pluie d'or et les tamaris délicats leurs fines larmes roses. Chaque année, invariablement, l'oncle Planté disposait de ses mains, sur la pelouse, une corbeille de jacinthes et de tulipes, une de pétunias, une de dahlias et une de géraniums dans une couronne de bégonias.