— Non, mon oncle; c'est la meunière qui m'a donné cela pour vous et une couverture pour maman.
— Qu'est-ce qu'elle me veut?
— Elle dit que ses Lucquois, qu'elle a pris pour défricher, lui demandent maintenant trente-cinq sous et les châtaignes, à cause de la fièvre qui est dans le bas de Pietranera.
— Les fainéants!… Je verrai. — Sans façon, mon lieutenant, voulez-vous partager notre dîner? Nous avons fait de plus mauvais repas ensemble du temps de notre pauvre compatriote qu'on a réformé.
— Grand merci. — On m'a réformé aussi, moi.
— Oui, je l'ai entendu dire; mais vous n'en avez pas été bien fâché, je gage. Histoire de régler votre compte à vous. — Allons, curé, dit le bandit à son camarade, à table! Monsieur Orso, je vous présente monsieur le curé, c'est-à-dire, je ne sais pas trop s'il est curé, mais il en a la science.
— Un pauvre étudiant en théologie, monsieur, dit le second bandit, qu'on a empêché de suivre sa vocation. Qui sait? J'aurais pu être pape, Brandolaccio.
— Quelle cause a donc privé l'Église de vos lumières? demanda
Orso.
— Un rien, un compte à régler, comme dit mon ami Brandolaccio, une soeur à moi qui avait fait des folies pendant que je dévorais les bouquins à l'université de Pise. Il me fallut retourner au pays pour la marier. Mais le futur, trop pressé, meurt de la fièvre trois jours avant mon arrivée. Je m'adresse alors, comme vous eussiez fait à ma place, au frère du défunt. On me dit qu'il était marié. Que faire?
— En effet, cela était embarrassant. Que fîtes-vous?