C'était près du Bignaou, non loin d'un chemin. Il s'approcha pieusement de l'arbre abattu. Il avait envie de se découvrir devant. Il le toucha, il le flatta doucement avec sa main, comme il flattait les bons bœufs après une journée de labour. Et son cœur se fondit en tendresse.

Oui, le grand événement s'était accompli là. Il reconnut bien la chère silhouette d'un platane qui semblait le saluer. Il retrouva bien la trace de leurs pas dans les herbes. C'était donc irréfutablement vrai! Oh! chanter cela aux étoiles, aux nuages, aux fougères, aux grains de sable, à tout! le chanter avec frénésie, jusqu'à la vieillesse, jusqu'à la mort!

Et alors, sans peur de la rosée, sans peur de paraître ridicule aux yeux des

pinsons jaseurs, ni même aux yeux des personnes matinales qui pouvaient passer sur la route, il se rassit sur le vieux tronc de l'arbre, à la place même qu'il avait occupée la veille; et il resta là une heure, si heureux, si terriblement heureux qu'il redoutait de songer à son bonheur.

Il s'étonnait un peu de ne pas trouver Florence à son côté. Pour l'éternité, ce paysage était indissolublement lié à elle, et il lui semblait qu'un peu de son être visible aurait dû rester là. Certes, il percevait sa pensée qui planait sur ces feuillages. Mais cela ne lui suffisait plus.

Il fut presque mécontent. Il s'en alla, après avoir adressé de muettes salutations aux végétaux. Il erra dans la forêt et retrouva la citrouille grotesque suspendue sur le chemin. Mais son cœur, délicieusement oppressé, avait grand mal dans sa poitrine.

Toujours, il s'arrêtait dans un petit carrefour, d'où l'on pouvait découvrir, à deux cents mètres environ, un coin du château de la Taulade.

Là! c'était là qu'il aurait voulu voler!

Il n'osait pas.

Soudain, il pensa: