Emile comprit la pensée du vieillard
et il rougit légèrement; car, malgré sa bonne volonté, il n'avait pu apprendre à ne pas rougir, au collège.
Yan émondait toujours sa branche, artistement, en faisant clignoter ses petits yeux inspirés.
—Vois-tu, Emile, dit-il en travaillant, une branche de laurier qu'on va offrir à la bénédiction de Dieu doit être polie comme une mariée à l'autel. Ah! l'on a perdu, dans les campagnes, l'art d'orner les rameaux! Il n'y a plus que certains barbons, par-ci, par-là, qui sachent ciseler des branches comme des sceptres. Moi, jadis, quand mes poignets ne boudaient pas au travail, je préparais les lauriers de tous mes voisins... Oui, mon petit! Et je te jure que les tiges qui sortaient de mes mains auraient fait bonne figure à côté de la crosse dorée de l'évêque d'Aire! Peuh! aujourd'hui, on porte des branches de laurier à l'église comme des fagots de bois au four! On croirait, saint Yan me pardonne! qu'on va faire cuire le bon Dieu! Ah! satané Pa...
Mais Yan interrompit son anathème. La culpabilité de Paris ne sautait
pas aux yeux, d'abord. Puis Emile ne l'écoutait pas.
L'aïeul le regarda d'un air foudroyant:
—Eh bien, gronda-t-il, après tout, ce député... quoi? Qu'est-ce qu'il a d'extraordinaire?
—Mais, papa!
—Va donc! Si tu crois que je ne sais pas ce qui se passe sous ton béret! Un député! Eh bien oui: un monsieur qu'on envoie à Paris parce qu'il peut être nuisible dans sa province. N'est-ce pas là quelque chose de bien phénoménal? Un député!