Emile était actuellement un agréable garçon de vingt et un ans, à figure blanche comme un visage de demoiselle. Presque pas de barbe encore: trois douzaines de poils de chaque côté de la bouche, et un léger duvet sous les oreilles.

Il donna la grande branche de laurier à son aïeul et s'assit à côté de lui.

Il portait un béret bleu, des sabots noirs, une veste brune. Il était maigre, petit, délicat. Ses yeux jaunes faisaient une bonne lumière chaude.

Le vieux Yan, qui se croyait toujours un soleil sur le dos quand son petit-fils était là, prit la belle branche

de laurier et l'inspecta avec soin. Cette branche, on allait la porter à l'église, dans un moment,—ce dimanche, c'était la fête des Rameaux,—et la faire défiler sous le goupillon de M. le curé, afin que chaque feuille de l'arbuste bénit, jetée au feu, écartât les grêlons de l'enfer, pendant l'été, et éloignât la chanson des hiboux mélancoliques, durant l'hiver.

Et Yan ouvrit un couteau crochu qu'il avait dans sa poche, puis se mit à émonder la grande branche de laurier, en reculant sa tête, de temps à autre, pour examiner son œuvre.

Emile, fort attentif, le regarda besogner pendant quelques minutes. Mais bientôt il se leva et marcha nerveusement dans la cuisine.

—Vous... vous... vous savez, papa! dit-il en bégayant subitement, comme il faisait certains jours, quand il éprouvait une forte émotion, vous savez que le député est arrivé hier?

Yan eut un sourire douloureux. Un député! s'occuper d'un député! d'un monsieur de Paris! Honte!... Il feignit de ne pas entendre.