— Qu'ils se lèvent, ceux qui veulent tenter ce combat. Celui qui possédera ce disque, s'il a des champs fertiles qui s'étendent au loin, ne manquera point de fer pendant cinq années entières. Ni ses bergers, ni ses laboureurs n'iront en acheter à la ville, car ce disque lui en fournira.
Il parla ainsi, et le belliqueux Polypoitès se leva; et, après lui, la force du divin Léonteus; puis, Aias Télamôniade, puis le divin Épéios. Et ils prirent place; et le divin Épéios saisit le disque, et, le faisant tourner, le lança; et tous les Akhaiens se mirent à rire. Le second qui le lança fut Léonteus, rejeton d'Arès. Le troisième fut le grand Télamônien Aias qui, de sa main vigoureuse, le jeta bien au-delà des autres. Mais quand le belliqueux Polypoitès l'eut saisi, il le lança plus loin que tous, de l'espace entier que franchit le bâton recourbé d'un bouvier, que celui-ci fait voler à travers les vaches vagabondes.
Et les Akhaiens poussèrent des acclamations, et les compagnons du brave Polypoitès emportèrent dans les nefs creuses le prix de leur roi.
Puis, le Pèléide déposa, pour les archers habiles, dix grandes haches à deux tranchants et dix petites haches, toutes en fer. Et il fit dresser dans l'enceinte le mât noir d'une nef éperonnée; et, au sommet du mât, il fit lier par un lien léger une colombe tremblante, but des flèches:
— Celui qui atteindra la colombe emportera les haches à deux tranchants dans sa tente; et celui qui, moins adroit, et manquant l'oiseau, aura coupé le lien, emportera les petites haches.
Il parla ainsi, et le prince Teukros se leva aussitôt; et après lui, Mèrionès, brave compagnon d'Idoméneus, se leva aussi. Et les sorts ayant été remués dans un casque d'airain, celui de Teukros parut le premier. Et, aussitôt, il lança une flèche avec vigueur, oubliant de vouer à l'archer Apollôn une illustre hécatombe d'agneaux premiers-nés. Et il manqua l'oiseau car Apollôn lui envia cette gloire; mais il atteignit, auprès du pied, le lien qui retenait l'oiseau; et la flèche amère trancha le lien, et la colombe s'envola dans l'Ouranos, tandis que le lien retombait. Et les Akhaiens poussèrent des acclamations. Mais, aussitôt, Mèrionès, saisissant l'arc de la main de Teukros, car il tenait la flèche prête, voua à l'archer Apollôn une illustre hécatombe d'agneaux premiers-nés, et, tandis que la colombe montait en tournoyant vers les hautes nuées, il l'atteignit sous l'aile. Le trait la traversa et revint s'enfoncer en terre aux pieds de Mèrionès; et l'oiseau tomba le long du mât noir de la nef éperonnée, le cou pendant, et les plumes éparses, et son âme s'envola de son corps. Et tous furent saisis d'admiration. Et Mèrionés prit les dix haches à deux tranchants, et Teukros emporta les petites haches dans sa tente.
Puis, le Pèléide déposa une longue lance et un vase neuf et orné, du prix d'un boeuf; et ceux qui devaient lancer la pique se levèrent. Et l'Atréide Agamemnôn qui commande au loin se leva; et Mèrionès, brave compagnon d'Idoméneus, se leva aussi. Mais le divin et rapide Akhilleus leur dit:
— Atréide, nous savons combien tu l'emportes sur tous par ta force et ton habileté à la lance. Emporte donc ce prix dans tes nefs creuses. Mais, si tu le veux, et tel est mon désir, donne cette lance au héros Mèrionès.
Il parla ainsi, et le roi des hommes Agamemnôn y consentit. Et Akhilleus donna la lance d'airain à Mèrionés, et le roi Atréide remit le vase magnifique au héraut Talthybios.
Chant 24