Il parla ainsi; et Pallas Athènè, l'exauçant, rendit ses membres plus agiles et ses pieds plus légers. Et comme ils revenaient aux prix, Athènè poussa Aias qui tomba, en courant, là où s'était amassé le sang des boeufs mugissants qu'Akhilleus aux pieds rapides avait tués devant le corps de Patroklos; et sa bouche et ses narines furent emplies de fumier et du sang des boeufs; et le divin et patient Odysseus, le devançant, saisit le kratère d'argent. Et l'illustre Aias prit le boeuf; et se tenant d'une main à l'une des cornes du boeuf sauvage, et rejetant le fumier de sa bouche, il dit au milieu des Argiens:
— Malheur à moi! certes, la déesse Athènè a embarrassé mes pieds, elle qui accompagne et secourt toujours Odysseus, comme une mère.
Il parla ainsi, et tous, en l'entendant, se mirent à rire. Et
Antilokhos enleva le dernier prix, et il dit en riant aux Argiens:
— Je vous le dis à tous, et vous le voyez, amis; maintenant et toujours, les immortels honorent les vieillards. Aias est un peu plus âgé que moi; mais Odysseus est de la génération des hommes anciens. Cependant, il a une verte vieillesse, et il est difficile à tous les Akhaiens, si ce n'est à Akhilleus, de lutter avec lui à la course.
Il parla ainsi, louant le Pèléiôn aux pieds rapides. Et Akhilleus lui répondit:
— Antilokhos, tu ne m'auras point loué en vain, et je te donnerai encore un autre demi-talent d'or.
Ayant ainsi parlé, il le lui donna, et Antilokhos le reçut avec joie. Puis, le Pèléide déposa dans l'enceinte une longue lance, un bouclier et un casque; et c'étaient les armes que Patroklos avait enlevées à Sarpèdôn. Et, debout, il dit au milieu des Argiens:
— Que deux guerriers, parmi les plus braves, et couverts de leurs armes d'airain, combattent devant la foule. À celui qui, atteignant le premier le corps de l'autre, aura fait couler le sang noir à travers les armes, je donnerai cette belle épée Thrèkienne, aux clous d'argent, que j'enlevai à Astéropaios. Quant à ces armes, elles seront communes; et je leur offrirai à tous deux un beau repas dans mes tentes.
Il parla ainsi, et, aussitôt, le grand Télamônien Aias se leva; et, après lui, le brave Diomèdès Tydéide se leva aussi. Et tous deux, à l'écart, s'étant armés, se présentèrent au milieu de tous, prêts à combattre et se regardant avec des yeux terribles. Et la terreur saisit tous les Akhaiens. Et quand les héros se furent rencontrés, trois fois, se jetant l'un sur l'autre, ils s'attaquèrent ardemment. Aias perça le bouclier de Diomèdès, mais il n'atteignit point le corps que protégeait la cuirasse. Et le Tydéide dirigea la pointe de sa lance, au-dessus du grand bouclier, près du cou; mais les Akhaiens, craignant pour Aias, fîrent cesser le combat et leur donnèrent des prix égaux. Cependant le héros Akhilleus donna au Tydéide la grande épée, avec la gaîne et le riche baudrier.
Puis, le Pèléide déposa un disque de fer brut que lançait autrefois la force immense d'Êétiôn. Et le divin Akhilleus aux pieds rapides, ayant tué Eétiôn, avait emporté cette masse dans ses nefs, avec d'autres richesses. Et, debout, il dit au milieu des Argiens: