— C’est grave ?

— Oui, très grave… La charge a été reçue en plein corps. Avec les médecins de Paris que j’attends, nous allons tenter… l’impossible… Mais…

— Vous n’espérez pas ?…

Il haussa les épaules sans répondre, et continua d’un ton que l’émotion rendait brusque :

— Il faudrait une garde. Mme la marquise de Maulde est incapable de donner les soins nécessaires à son gendre et il ne peut être abandonné à des domestiques…

— Son ami, M. de Gannes, lui est dévoué…

— Oui, mais il ne connaît rien aux blessés… Et les chances de sauver M. de Moraines sont si faibles que ce serait tenter le ciel de les diminuer même d’un rien ! Une personne du métier est nécessaire près de lui ! Je vais moi-même aller jusqu’à la ville pour tâcher de la découvrir dès ce soir. Jusqu’à ce que je la ramène, est-ce que vous pourrez, mademoiselle, veiller à ce que tous les soins soient donnés comme il faut à M. de Moraines ?

— Oui, docteur, soyez sans crainte.

— Bien, je serai plus tranquille de vous le savoir confié… Ah ! ma responsabilité est terrible !… Maintenant, il faut encore que je m’entende bien avec M. de Gannes au sujet des médecins à demander à Paris. Pendant que je lui parlerai, seriez-vous assez bonne pour rester un instant auprès de M. le comte ? Il vous a réclamée plusieurs fois comme s’il voulait vous parler… Je lui ai même dit pour le calmer que j’allais vous chercher… Voulez-vous venir ? je crains qu’il ne s’agite et que sa fièvre n’augmente…

Dans la pensée de Ghislaine, se ravivait violemment le souvenir du secret pénétré, que l’émotion de toutes ces minutes tragiques avait rejeté hors de son esprit. Et son cœur se mit à battre très vite… Elle, si courageuse, tout à coup, elle avait peur des paroles que pouvait lui dire le comte de Moraines…