— Pas autrement facile. Il y a toujours beaucoup plus d’offres que de demandes. Vous avez, sans doute, des références à donner ?
— Pour ?…
— Mais pour que les familles puissent avoir leurs renseignements sur vous. Naturellement, elles ne peuvent prendre une inconnue.
Le ton de la vieille dame devenait presque agressif. Dominée, malgré elle, par l’aristocratique distinction de Ghislaine, par la réserve de ses paroles, elle se vengeait de n’oser la questionner en se montrant désagréable dans toute la mesure de ses moyens.
— Soyez sans crainte, madame, je fournirai aux familles avec lesquelles vous me mettrez en rapport les renseignements les meilleurs et les plus sérieux sur mon honorabilité, ma famille, etc. En ce moment, vous n’avez rien à m’offrir ?
— Rien du tout, mademoiselle, qui puisse vous convenir. Le genre d’institutrices qu’on me demande le plus n’est pas le vôtre. En général, les familles recherchent surtout les personnes d’apparence modeste qui tiennent tout naturellement la place un peu effacée, de second plan, qui est la leur ; celles qui sont pour les enfants, les jeunes filles qu’elles accompagnent, de véritables chaperons, très sérieux. Si j’osais me permettre de vous adresser un conseil, je vous recommanderais une très grande simplicité de costume, d’allures, quand vous aurez à vous présenter dans une place… Je…
Sans en avoir conscience, Ghislaine regardait la vieille dame d’un tel air, qu’elle s’arrêta court. D’un geste effaré, elle saisit son porte-plume et baissa le nez sur son registre, disant hâtivement :
— Si vous voulez bien me laisser votre nom et votre adresse, mademoiselle, je vous écrirai, dès que j’aurai une situation à vous proposer. Cela vous évitera de revenir peut-être inutilement. J’adresserai mes lettres à Mlle…
Ghislaine hésita. Il lui paraissait impossible de livrer ainsi son vieux nom pour qu’il demeurât là, inscrit dans les registres d’une agence de placement… Avec une imperceptible hauteur dont elle ne se rendit pas compte, elle dit :
— Je repasserai, madame, dans quelques jours. Au cas, cependant, où vous auriez besoin de m’écrire, vous pouvez adresser votre lettre à Mlle de Vorges, couvent des dames de Sainte-Anne.