Presque bas, Josette murmura, un frémissement d’affection dans la voix :
— Je voudrais ne jamais vous quitter, même une minute, maman, ma maman à moi !
Elle ne s’apercevait pas que son père était derrière elle et qu’il l’entendait. Mais Ghislaine le vit ; et à l’indéfinissable expression qui passa sur le visage de M. de Moraines, elle comprit qu’il venait d’entendre, pour la première fois, le nom de tendresse que Josette avait murmuré. Sans un mot, pourtant, il finit de monter les marches du perron et entra dans le petit salon derrière Ghislaine ; mais comme la fillette disparaissait, désireuse d’être vite déshabillée pour aller retrouver Mlle de Vorges, il dit d’un accent un peu étrange, retenant, par ses paroles, Ghislaine qui allait s’éloigner aussi :
— Les enfants ont des divinations merveilleuses. Celle-ci a trouvé le vrai nom qu’elle doive vous donner pour tout ce que vous faites pour elle… et dont je ne vous serai jamais assez reconnaissant…
Elle s’était arrêtée, une imperceptible flamme rose montée soudain à la peau transparente. Elle eut un geste pour interrompre M. de Moraines et un lumineux sourire glissa sur sa bouche :
— Vous n’avez pas à me remercier. Josette me fait beaucoup plus de bien encore que je ne lui en fais, moi !
— Parce que ?…
— Parce que, grâce à elle, je ne sens plus le vide de ma vie… Les gens sages ont bien raison de dire qu’on donne à soi-même en donnant aux autres…
— C’est que vous êtes une femme comme il en existe très peu…
— Quelle erreur ! mon Dieu ! Ah ! je vous assure que nous sommes légions, les femmes telles que moi…