M. de Moraines eut un imperceptible froncement de sourcils. Un observateur eût discerné tout de suite qu’il lui déplaisait d’entendre parler sur ce ton de Ghislaine de Vorges. Mais sa jolie interlocutrice n’était pas observatrice et elle était tout occupée d’examiner Ghislaine. Elle ne remarqua même pas que l’accent de M. de Moraines était devenu un peu absolu quand il répliqua :

— La situation de Mlle de Vorges n’est pas tout à fait telle que vous pouvez le supposer. Sa famille est alliée à la mienne…

— Oh ! quelle drôle de chose ! Vraiment ?

— Vraiment, la pure et très simple vérité ! La mort de son père la laissant absolument isolée, il était préférable qu’elle vînt auprès de Josette, sous le toit de Mme de Maulde où elle restera autant qu’il lui plaira. Nous désirons, égoïstement, que ce soit le plus longtemps possible pour le bien de Josette. Aussi, nous employons-nous de notre mieux à ce qu’elle ne se sente pas étrangère ici ; et… nous sommes très reconnaissants à nos amis quand ils veulent bien nous y aider !

La petite femme eut un sourire entendu :

— Compris, mon cher ami. Vous êtes très chevaleresque, mais…

— Mais quoi ?

— Mais avouez que vous n’y avez pas grand mérite cette fois…

— J’avoue en toute simplicité, ne soyez pas méchante. Abandonnez Mlle de Vorges et laissez-moi vous offrir le bras pour vous conduire à table.

Le maître d’hôtel, en effet, venait d’annoncer le dîner. Ouverte à deux battants, la porte de la salle à manger laissait voir le décor riant de la table fleurie, l’étincellement des cristaux sous la flamme claire des candélabres d’argent qui ornaient la table, à la mode du vieux temps.