Une seconde, elle et Ghislaine se considérèrent ; Mme de Maulde, un peu désorientée par l’aspect de Ghislaine, l’esprit traversé par l’idée que cette jeune femme, si élégante dans l’austérité de son deuil, n’était pas l’institutrice attendue. Un peu hésitante, elle demanda :
— Vous êtes bien Mlle de Vorges ?
— Oui, madame, je suis envoyée par Mme Dupuis-Béhenne, sur la demande de M. de Moraines.
— Ah ! s’il en est ainsi, très bien, très bien. Veuillez vous asseoir, mademoiselle.
Il y eut un imperceptible silence. Mme de Maulde n’était pas revenue toute de son étonnement. Mais elle n’était pas femme à réfléchir longtemps sur ce qu’elle allait dire, habituée à suivre toujours ses impressions. Et, en toute franchise, elle déclara :
— Ne vous étonnez pas, mademoiselle, de ma surprise, mais votre aspect me déroute un peu. Vous avez été bien renseignée, n’est-ce pas, sur le rôle que vous auriez à remplir dans ma maison ?
— Celui, n’est-il pas vrai, madame, d’institutrice ?
— Oui, c’est cela, c’est cela ! Et vous croyez pouvoir vous accommoder de cette tâche ?
Les grands yeux brillants, sans profondeur, interrogeaient, pleins d’une sorte d’incrédulité. Ghislaine le sentit, et, si triste fût-elle, une lueur d’amusement s’alluma une seconde dans son regard, mais pour s’éteindre vite, tandis qu’elle répondait :
— Je n’ai pas, madame, à me demander si la tâche dont vous parlez me plaît ou non. Je dois la remplir soit auprès de Mlle de Moraines, soit auprès d’une autre, puisque les circonstances m’y obligent et que je crois en être capable.