— Ah ! Mme de Maulde est à Dieppe… Et sa petite-fille vit toujours auprès d’elle ?
— Mais non, du tout. Josette de Moraines habite avec sa belle-mère, et cela depuis plusieurs années déjà. L’hiver même qui a suivi la mort de son pauvre père, elle a été fort souffrante des suites de cette terrible secousse ; alors Mme de Moraines l’a emmenée au bord de la mer, comme le recommandait le médecin, la marquise ne se souciant nullement de quitter Paris. Et sa complète liberté lui a paru si précieuse qu’elle a souhaité la conserver. Mme de Moraines et Josette se sont alors installées dans l’appartement même de Moraines et elles y sont restées. En ce moment, Josette est en villégiature chez sa grand’mère.
Il y eut un silence. Sur la terrasse à peu près déserte maintenant, les deux hommes s’étaient arrêtés et ils semblaient observer la course éperdue des vagues, sous le ciel obscurci par des nuées épaisses que ramenait le vent. Peut-être Paul de Gannes était-il le seul à remarquer la menaçante beauté de l’horizon. Le regard de Marc contemplait, dans le monde de l’âme, de pauvres ombres pâles, fantômes du passé… Un pli creusait son front.
Tout à coup, il interrogea et sa voix timbrée avait quelque chose d’un peu dur, mais de rêveur aussi :
— Est-ce que Mme de Moraines est également ici ?
— Oh ! non !
Et un demi-sourire courut sous la moustache de M. de Gannes.
— Vous seriez-vous imaginé que notre belle marquise, qui avait la fibre maternelle fort peu développée, s’aviserait, un beau jour, de devenir jalouse de la grande affection que Josette témoigne à sa belle-mère, et justement ! car Mme de Moraines s’est dévouée à elle comme bien des mères mêmes ne l’auraient pas fait ! Mais Mme de Maulde n’en a pas jugé ainsi. Et comme elle a coutume d’exprimer tout ce qu’elle a en tête, elle a non seulement fait sentir, mais dit à Mme de Moraines son impression… Cela, à plusieurs reprises, et même, — ma femme en a été témoin ! — d’une façon tout à fait blessante. Naturellement, Mme de Moraines se tient maintenant sur la réserve et voit fort peu la marquise. Entre nous, mon opinion est que Mme de Maulde est moins jalouse de l’affection témoignée par sa petite-fille que des succès littéraires de Mme de Moraines et de l’affluence des visiteurs dans son salon.
Marc le regardait, surpris.
— De quels succès littéraires, voulez-vous parler ?