Le vent jetait toutes ses paroles à l’oreille de Marc, bien qu’elle parlât à demi-voix. Elle avait regardé l’heure à sa montre. Et, sans doute, force lui était décidément de partir, car, après une dernière minute de contemplation, elle se détourna et, lentement, se prit à remonter la pente des galets.

Sur la terrasse sablée, longeant la mer, une voiture l’attendait, une charrette anglaise attelée d’un poney, auprès duquel se tenait un domestique. Elle-même conduisait. Vite installée, les guides en mains, après un regard encore vers la mer, elle enleva son cheval, qui fila vers la ville.

Et Marc, alors, songea que, pour lui aussi, le temps avait marché, et qu’il n’était pas venu à Dieppe uniquement pour y contempler une mer démontée et une jolie silhouette de jeune fille. Mais, tout à la jouissance de son retour en France, il se sentait rempli pour lui-même d’une extrême indulgence, disposé à se pardonner ce qu’en d’autres temps, il eût peut-être qualifié d’enfantillages.

Sur la plage, les promeneurs étaient maintenant très rares. Avec l’approche du crépuscule qui venait plus tôt en cette fin d’août, l’air encore avait fraîchi et le vent ramenait de grosses nuées menaçantes chargées de pluie. Dans les hôtels qui, devant la mer, bordaient la longueur de la rue Aguado, des lumières commençaient à s’allumer…

Sans enthousiasme, Marc revint vers le Casino. Comme il passait devant l’une des larges portes enserrées dans les grilles, un abonné en sortait : un homme d’une cinquantaine d’années, aux allures de clubman aristocratique, qui, se trouvant face à face avec lui, s’arrêta court, le regardant d’un air d’indécision où il y avait une intense surprise, puis s’écria :

— De Bresles ! C’est bien vous, n’est-ce pas ? Je ne rêve point… Ah çà ! vous êtes donc en France ?

— Je suis en France, comme vous voyez, très ravi d’y être, d’y retrouver des amis qui veulent bien se souvenir de moi, qui me reconnaissent après tant d’années d’absence.

Et cordialement, Marc serra la main de Paul de Gannes. Puis, un court silence se fit entre les deux hommes dominés par la surprise de ce rapprochement soudain, par le rappel brusque du passé que leur rencontre évoquait tout à coup. Inconsciemment, ils se regardaient, chacun cherchant sur le visage de l’autre, les traits jadis familiers et la trace des dernières années enfuies…

Cette trace, elle se trouvait surtout dans la silhouette un peu alourdie de Paul de Gannes, dont la cinquantaine commençait à blanchir la barbe effilée, les cheveux soigneusement taillés sous le feutre gris. Marc, lui, avait maigri de corps et de visage, mais sans rien perdre de son air de robustesse nerveuse ; la peau brûlée par le soleil d’Afrique, semblait accentuer le caractère de volonté et d’énergie des traits auxquels le sourire donnait, comme jadis, une douceur imprévue et charmeuse.

Il sentit sur lui le regard de Paul de Gannes et, gaiement, il interrogea :